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Chien-Loup – Serge Joncour

Quatrième de couvertureL’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecoeur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cet endroit que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’est imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître. En arrivant cet été là, Franck croyait encore que la nature, qu’on avait apprivoisée aussi bien qu’un animal de compagnie, n’avait plus rien de sauvage ; il pensait que les guerres du passé, où les hommes s’entretuaient, avaient cédé la place à des guerres plus insidieuses, moins meurtrières. Ça, s’était en arrivant.

SUR LE LIVRE :

Chien-Loup est un roman d’une grande puissance. Nous découvrons deux histoires en parallèle. Celle qui, aux portes de la Première Guerre mondiale nous dépeint ce village, comme il en existait tant à l’époque. Un village avec ses mœurs, ses coutumes et ses superstitions. En prime, la folie des hommes tombant dans le chaos, un des plus meurtriers de l’Histoire. Et que penser de ce dompteur, Allemand de surcroît, qui n’a pas d’autre choix que de s’installer en haut de la montagne, dans une bâtisse isolée pour y nourrir ses fauves. La peur de la guerre qui se rapproche, mêlée à l’angoisse de se faire dévorer, la vie de ce petit village et de ces habitants bascule dans la terreur et la paranoïa.


L’autre histoire est celle de ce couple qui s’installe dans cette même maison, presque 100 ans après. Lise a besoin de calme, de se reconnecter avec la nature. Franck, lui, est très inquiet à l’idée d’être coupé du monde. Ne plus pouvoir garder un œil sur son entreprise parisienne le terrifie. D’autant plus qu’un chien, très curieux et imprévisible, les suit à la trace. Ce coin perdu va-t-il être un paradis, ou un enfer ?


Deux mondes différents qui pourtant se rejoignent. Car la nature humaine, au cœur de ce roman et quelque soit l’époque dans laquelle nous vivons, met en lumière ce que nous avons de plus beau, mais aussi de plus obscur en nous. La sauvagerie existe, aussi bien chez les hommes que chez les animaux. Serge Joncour nous fait passer d’une histoire à l’autre. Il enchaîne les contraires, les oppositions que peuvent ressentir et vivre les personnages du roman. Le bien et le mal, la peur et la sécurité, la quiétude et les tensions… Il nous ouvre les portes sur cette vérité : parfois, l’homme et la bête ne font qu’un. L’homme devient un animal quand l’animal montre un côté plus humain, plus emphatique. Un roman savamment orchestré où les émotions sont fortes, où nos tous nos sens sont en éveil.

CE QUE J’EN AI PENSÉ :

Ce roman faisait partie de ma liste de lecture et j’avais hâte de le découvrir. J’ai accroché dès les premières pages, agrippée par cette ambiance si particulière. Et elle n’a fait que s’amplifier au fil de ma lecture. Prenante et pourtant facile puisque les notions de temps sont tout à fait bien informées, celle-ci m’a littéralement projetée dans cette nature, douce et sauvage à la fois. Les personnages cherchent leur place. Dans un monde qui bascule vers un destin historique ou dans un monde numérique et virtuel, ce roman devient encore plus réel. Cela nous permet de découvrir ce qui pousse l’être humain à s’engouffrer dans ses retranchements parfois les plus extrêmes. Le vocabulaire utilisé est très pertinent et choisi et exprime bien toutes ces émotions, ces contradictions.
Parfois touchée, parfois bousculée, ou même dégoûtée, Chien-Loup ne m’a définitivement pas laissé indifférente …

5 étoiles : *****

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